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Émotion et décision dans les livrets de Philippe Quinault : la tragédie en musique et les passions du prince

Résumé : La tragédie en musique intéresse la réflexion sur les émotions à plus d’un titre. Alors que la tragédie parlée visait différents effets, notamment l’admiration, affect rationnel, la scène lyrique repose sur l’empathie avec le public : selon Pierre Perrin, l’inventeur du théâtre lyrique français, « la fin du Poete lyrique » est de « d’enlever l’homme tout entier » en touchant « en mesme temps l’oreille, l’esprit et le cœur : l’oreille par un beau son […], l’esprit par un beau discours et par une belle composition de musique bien entreprise et bien raisonnée, et le cœur en excitant en luy une émotion de tendresse ». Le théâtre chanté est ainsi défini par la tendresse dans un sens élargi qui rejoint la notion de pathos, y compris dans ses excès, et ce aussi bien sur le plan des effets que dans son contenu : contrairement à ce qui se passe sur la scène parlée, la parole sur la scène lyrique est moins action qu’exposé des motifs de l’action. Les personnages lyriques sont pris dans une forme de passivité paradoxale : d’un côté Cadmus, Thésée, Hercule réalisent sur scène des exploits héroïques, de l’autre ils sont essentiellement les bénéficiaires de la bienveillance des dieux et n’ont qu’à exposer leurs désirs pour les voir réalisés. En réalité, ces héros semblent moins définis par leurs actions que par leurs émotions. Les livrets de Quinault donnent d’ailleurs à voir de nombreux moments d’hésitation, renvoyant à une action suspendue par le déchaînement des passions. Les liens établis entre passions et décision dans la tragédie en musique revisitent ainsi l’articulation de l’action et de la passion telle que l’élabore la scène parlée : si les passions sont à la fois moteur et frein de l’action, on interrogera l’économie des émotions évoquées par les personnages, pour montrer comment l’exhibition de leur intériorité peut produire une intrigue cohérente. On s’intéressera plus précisément à la manière dont les émotions jouent dans le processus de décision. L’enjeu est à la fois poétique et juridique. Car on peut lire les livrets de Quinault, de même que les tragédies de Racine, comme des rituels spectaculaires interrogeant les catégories juridiques qui sous-tendent l’absolutisme. Alors que la tragédie parlée orchestre une crise de ces dernières, l’opéra serait cette « tragédie heureuse » évoquée par Michel Foucauld, celle qui montrerait « la remontée de l’homme privé, de l’homme de cour et de cœur, jusqu’à ce point où il devient chef de guerre et monarque, détenteur de la souveraineté ». Les passions exposées sur scène formeraient ainsi un véritable système, elles seraient orchestrées suivant un processus qui mènerait à l’exhibition d’une image glorieuse du souverain.
Document type :
Conference papers
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https://hal.univ-reims.fr/hal-03538514
Contributor : Bu De Reims Champagne-Ardenne Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Friday, January 21, 2022 - 10:01:49 AM
Last modification on : Saturday, January 22, 2022 - 3:28:33 AM

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  • HAL Id : hal-03538514, version 1

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Céline Bohnert. Émotion et décision dans les livrets de Philippe Quinault : la tragédie en musique et les passions du prince. La rhétorique de la vie affective : Susciter, comprendre et nommer les Émotions, Faculté des Lettres de l’Université Charles (Prague); Laboratoire d'excellence VOICE, Nov 2017, Prague, République tchèque. ⟨hal-03538514⟩

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