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Directions of work or proceedings

Les nouvelles formes d’écriture

Résumé : Si l’écriture inclusive « désigne l’ensemble des attentions graphiques et syntaxiques qui permettent d’assurer une égalité de représentations des deux sexes » ("Manuel d’écriture inclusive", 2016- 2017, Haddad Raphaël et Carline Baric, Agence Mots-Clés), cette définition soulève des questions fondamentales en philosophie et en linguistique quant à l’existence d’une corrélation entre la manière de parler et la manière de construire son rapport au monde. Wittgenstein, par exemple, déclare dans le "Tractatus-logico-philosophicus" (1918) que les limites de son langage sont les limites de son monde. Grand nombre de linguistes ne partagent pas cette conviction, puisque les phénomènes linguistiques ne sont généralement pas clairement liés aux phénomènes sociaux. En effet, malgré l’existence de différences morphosyntaxiques importantes entre les langues sur le plan du genre, par exemple, il ne semble pas y avoir de différences sociales fondamentales dans l’équilibre entre sexes entre les sphères linguistico-culturelles respectives. Ainsi, le genre grammatical peut avoir une fonction à la fois paradigmatique et syntagmatique dans certaines langues comme le français, où la plupart des pronoms et noms d’humains sont variables en genre et où il existe des phénomènes d’accord des noms avec l’adjectif et le déterminant, voire le participe, alors que ces deux fonctions peuvent être très restreintes dans d’autres langues comme l’anglais, où à de très rares exceptions près seuls les pronoms et les déterminants possessifs marquent la distinction entre masculin et féminin (fonction paradigmatique) et où l’adjectif est tout à fait invariable en genre comme en nombre (fonction syntagmatique). Peut-on en déduire que chaque système de langue entraîne une conception différente du masculin et du féminin, voire des femmes et des hommes ? Le débat sur le rapport entre langue et représentation est si profond qu’il dépasse largement le cadre d’un simple recueil d’articles, mais il n’est peut-être pas nécessaire de prendre position sur la question dans le cadre d’un numéro thématique sur les nouvelles formes d’écriture, puisque la question se pose déjà de savoir si l’emploi du genre masculin comme forme générique fait véritablement partie des phénomènes linguistiques ou s’il s’agit là d’une ingérence sociale qui, elle, véhicule sans nul doute des représentations sociétales. Tout en donnant toute sa place au débat linguistique sur les nouvelles formes d’écriture, ce numéro thématique espère montrer toute l’importance d’aborder la question dans une perspective interdisciplinaire, en montrant la synergie à laquelle aboutissent les réflexions issues des autres domaines concernés comme la psycholinguistique et la traductologie, mais aussi l’histoire, la philosophie et la stylistique.
Document type :
Directions of work or proceedings
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https://hal.univ-reims.fr/hal-02467056
Contributor : Bu De Reims Champagne-Ardenne <>
Submitted on : Tuesday, February 4, 2020 - 6:00:34 PM
Last modification on : Friday, June 19, 2020 - 6:27:43 PM

Identifiers

  • HAL Id : hal-02467056, version 1

Collections

Citation

Véronique Le Ru, Machteld Meulleman, Eliane Viennot. Les nouvelles formes d’écriture. Savoirs en Prisme, 2019, Les nouvelles formes d’écriture. ⟨hal-02467056⟩

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